Charia et Loi Républicaine...

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20 Comments    19-09-2008


Une question qui se posera tôt ou tard à Mayotte...

Passionnante aventure que celle de ce petit territoire de l’univers austral qui prépare son entrée pour devenir le 101ème département français. Et pas une mince affaire sur le plan de la préparation !

 

Une foultitude de questions se posent, en sus des résultats de la mission menée pendant cinq jours par cinq sénateurs sur l’Hippocampe, afin d’évaluer les exigences qu’impose la future départementalisation, dont la date du référendum a d’ors et déjà été fixée au 14 Avril 2009.

 

La mission des sénateurs impose de mettre au clair et à plat tous les problèmes d’état-civil à Mayotte, de régler une fois pour toutes ceux relatifs au foncier pour savoir à qui appartient quoi, elle impose également une modernisation des infrastructures, une amélioration de l’acquisition de la langue française et de régler les problèmes liés à l’immigration clandestine, principalement en provenance d’Anjouan.

Pas moins. Et tout cela en préalable à la départementalisation… Vaste sujet…

 

Mais ce que je trouve préoccupant en amont, c’est le parallèle existant actuellement, entre les Lois républicaines et les Lois coutumières locales, que le Cadi fait respecter, et dont il est garant, et qui ne sont pas forcément en accord avec celles de la République.

 

Ces lois sont des lois musulmanes. Elle proviennent directement de la Charia. Or la départementalisation de l’île subodore son acceptation pleine et entière à une seule Loi, la Loi républicaine, et laïque en tant que telle.

 

Or la tradition revêt sur l’île une importance fondamentale !… Il ne viendrait à aucun mahorais l’idée de transgresser la loi musulmane.

 

Et que se passera-t-il lorsque les deux systèmes se retrouveront face à face, et non côte à côte ?

 

Actuellement dans la pratique, Mayotte ne semble pas se poser la question, tant les deux systèmes peuvent cohabiter et cohabitent moyennement assouplissements et arrangements mais lorsque Mayotte aura acquis le statut départemental, une telle disparité par rapport aux cent autres départements sera-t-elle acceptée, voire acceptable, voire supportable ?

 

Certes, par le consensus, par la discussion, on parvient à tout. Réunir les instances religieuses et laïques autour d’une table permettrait d’harmoniser quelques règles fondamentales, notamment sur les deux premiers points évoqués par les sénateurs métropolitains, à savoir l’état-civil (qui comporte aussi les règles de mariage, de divorce, autant que de port du nom et du prénom) et les règles de la propriété foncière.

 

Mais l’intégration du Cadi, instance respectée au plus haut point par la société mahoraise , dans l’équipe départementale de décisionnaires, non pas en tant que religieux –ce qui serait une première depuis la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905 !-, mais en tant que personnalité d’influence, ne serait-il pas le trait d’union entre deux cultures qui veulent faire plus que se connaître, puisqu’il s’agit de lier leurs sorts définitivement ?

 

Si la parole édictée par le Cadi est contraire, en l’état, aux Lois républicaines, l’attitude du citoyen mahorais ira certainement plus, par respect des traditions et des lois ancestrales, vers celle du Cadi.

 

Et si la Loi républicaine est à l’opposée des préconisations de la Charia, alors la  situation à Mayotte aura tendance à stagner gravement, pour les mêmes raisons.

 

C’est donc dès maintenant que les édiles seraient bien avisés de raisonner non pas en opposant laïcité à religion, mais en tentant d’associer droit coutumier à droit républicain.

 

C’est un effort de cohésion assez unique, mais qui, telle l’implication de Mayotte aux efforts demandés par la République pour l’intégrer, pourrait représenter un investissement culturel des deux parties à l’image du challenge qu’ils se proposent de réussir…