Entre Seattle et Gander

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20 Comments    09-06-2014


Juste asseyez vous confortablement, nous allons rendre votre vol le plus agréable possible...

Premier jour de ce convoyage d'un 738 tout neuf, que j'avais posé à Paine Field en provenance de Renton il y a quelques jours. Arrivée très tôt, 05z, pour entrer un plan de vol de 5 pages quand même. On a tourné avec la météo « beau temps », en l'absence d'une MTO remise à jour chaque 5 minutes. Remarque, au 39 il fait souvent beau ! (J'ai failli écrire « toujours », j'oubliais la ZCIT et ses tout petits Cb lol!). Pour faire Montréal, on est à 80% du central, les ailes pleines bien sûr, avec 2,5t de réserve, la Cargo avant à 60%, l'arrière à 80%, c'est les clés à molette qu'on ramène de l'usine, pas revenir à vide, et un centrage de 23,7%. Après le TO, un long long virage gauche à 5000', tout SEA qui se déroule sous nous, bien sûr on est de nuit, Climb 1, on réduit pour pas réveiller en dessous, puis en montée jusqu'au 330, qu'on gardera jusqu'à être pris en charge par Vancouver, où on ira chercher le 350, et on fera pareil jusqu'à quitter Vancouver pour Edmonton, et là direct au 390. Et la longue nuit commence. Ricoré... Le Control, Rico... Control... Et ce n'est qu'à l'approche des Grands Lacs que le jour commence à poindre, un joli sunrise presque de face ! Il est temps de préparer l'Approche de Dorval, pardon ! Trudeau , d'autant qu'on a été récupérés par Toronto. Certes du fait d'une MTO "préemballée » une approche pas trop difficile, je ne me souviens plus du QFU, j'ai peur de confondre avec Gander, car là je suis sûr que c'était la 03, en tout cas une jolie approche, avec cette île en face en descente, une petite colline sur ma droite, 135 en finale, me suis même permis de ne pas sortir toute la ferraille, juste Flaps 25, une longueur de piste à n'en plus finir (Gander, ce sera pas pareil lol, profitons du luxe, Autobrakes 2, le carbone c'est cher, on pose on sort un peu plus loin, et on évite la zone commerciale, vu qu'on est là juste pour profiter, même pas acheter du local, on prend juste un peu de jus et on repart, désolé on reste pas pour dîner, non non, promis, les enfants nous attendent !... Une demi-heure pour se dégourdir, pas de gilet jaune, il fait tellement chaud qu'il serait foutu de s'imprimer directement sur la peau ! J'aurais pas l'air fin déguisé en canari chez les cousins... Je récupère un petit jus de tomate au frais, et il est juste temps à 12:00z de préparer le Montréal-Gander. Je suis obligé de fréquenter ce petit port de pêche pour éviter, en faisant directement un Montréal-Reykjavik, le petit message sur le FMC « Insufficient Fuel », ce qui est ballot... On ne va pas se poser sur les flots, Gander n'est qu'à 800 NM, on se permet toujours 2,5t de réserve, mais comme j'ai vu large, je pourrais me permettre des ronds au dessus de Gander s'il le faut ! On est tellement légers qu'on décolle toujours Flaps 5, mais V2 est calculé à 134 Kts ! Allez, je garde la puissance, on va demander (et on l'obtient!) tout de suite le 39, on va caler 15° à la boule sur les premiers 2000ft, on se fait oublier du riverain ! Mais alors quel peuple à Montréal ! Pas moins de 7 décollages avant moi ! Du 47, du 340, du Fokker 50, de l'A320, du 37, du MD11, on peut pas dire que ce n'est pas vivant ! C'est quand même pas un Salon de l'Aéro ! Tu roules pas beaucoup, non, tu avances par longueur d'avion. On attend tous un atterro, il dégage le runway, le premier de la file s'aligne, ne tarde pas à avoir le top, et s'il n'y a pas de trafic à l'atterro, le suivant s'aligne, et derrière, on lâche tous le parking brake juste pour une trentaine de mètres. Puis vient notre tour, la clairance pendant l'alignement, on le soigne mais vite vite, pas le temps de finasser, ça bouscule derrière, rolling take-off, chrono, les palettes, et toga toga ! C'est joli Montréal, mais finalement c'est encore plus joli en montée, ça stresse moins qu'au sol ! Et nous voici parti pour deux petites heures maxi ! Très vite en dessous, ça change.... On sent qu'on va vers le froid, ça semble plus minéral, quand on est au-dessus d'une terre, car souvent on est au dessus de la flotte. Et aussitôt au 390, on commence à préparer l'approche de Gander : ah oui, c'est pas Montréal... 2 pistes presque à 90°, l'ATIS m'annoncera la 03, ce qui ne peut pas être mieux ! Faudra juste faire une oreille gauche en finale, excellent exercice. Et j'arrive gentiment cap au 120, tout sorti, je n'ai pas 50 NM pour faire mon oreille, VRef30 à 125, les ferrailles et les rondelles sont dehors, s'il y avait un pax au hublot, il aurait au moins du spectacle, fin de l'oreille, je dégauchis, bien dans l'axe, fichtre ! C'est court ! Je passe un cours d'eau à 500 ft... Pas trop de traces de caoutchouc, ils doivent atterrir ici sur des patins à glace la moitié de l'année, où est le passage-piétons, ah le voilà ! 400 pieds, un petit vent de 10 kts de mon 10 heures, bien calé dans ma peau de bête (ben oui, un fauteuil de Boeing a TOUJOURS de la peau de mouton pour réguler la chaleur humaine, et c'est pas de la blague, ça marche!),main droite sur les manettes, je me bats un peu du manche. 200 pieds, Minimums, Landing ! Je pose le principal, je décrabe, et j'accompagne la roulette de nez pendant que ma main droite va vite vite chercher les reverses, s'agit pas de traîner, le seuil de la 21 arrive bien vite sur moi ! Endroit surtout fréquenté par l'Air Force, je croise un GlobeMaster, un Galaxy, et je me parque près de leur zone. Encore une fois, j'évite la zone commerciale. Frein de parc, APU on buses, cutoff, et heure bloc 15:20z. Cela fait neuf heures et demi que je suis en l'air , je crois qu'il serait sage d'arrêter là ! Dehors, la luminosité n'est pas bien brillante, on voit bien qu'on n'est pas près de l'Equateur ! Et si on dînait des harengs fumés ce soir ?...