J'ai vu le Grand Gourou...

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20 Comments    08-03-2009


Ricoré et belles dentelles...

         Cette après-midi, j’ ai été voir le gourou. Les choses étant ce qu’elles sont au moment où vous les lisez, et qui ne seront certainement plus les mêmes au moment où vous aurez fini de les lire, à quelques virgules près et quelques blocages de routes ou de supermarchés près, je caressais d’une main moite le désir de recueillir les éminentes pensées du grand sage qui se terrait entre St Denis et St Pierre, pas loin de St Benoît et de St Paul, et qui fut en son temps la figure de proue de la façade arrière de la pensée progressiste réunionnaise…

         Il me reçut en son antre, tenant en sa main droite sa tasse de Ricoré de début d’après-midi, l’œil morne et le verbe haut, sa gauldo se consumant lentement au bout de sa main gauche. Quand à sa main du milieu, elle tenait une facture d’hypermarché de l’Ouest, puisque ils ont été les seuls de la Réunion à ne pas être visités par le Cospar.

         « Cospar pour quelle cause causes –tu ? » ergotait-il dans sa grotte, grelottant de regrets !

         En effet, nous étions dimanche, et le Cospar dormait d’un sommeil agité, sûr de semer à nouveau à partir de lundi les graines du désordre sur notre petit caillou.

         « Tu rends compte ! », me dit-il, « une grande enseigne pas chère de la métropole, et c’est reconnu, vient relever le gant du défi du challenge de faire enfin jouer le jeu de la concurrence sur cette île où silencieusement, la population locale et importée avait accepté jusqu’alors de se faire racketter pendant des années, sans rien dire et même en la fermant pudiquement, et toc ! sitôt ouverts, ces magasins se la font fermer par un comité censé représenter les consommateurs, les enfermant parfois dedans , certainement pour qu’ils puissent méditer ! Et bien sûr, pendant ce temps-là, qui c’est qui rigolent, ce sont les enseignes habituelles, Giratoire, Dumbo, qui peuvent se dire qu’elles ont senti passer le vent du poulet… euh… du boulet ! »

         «  Et le pire, c’est qu’ils vont continuer dès lundi, qu’ils promettent ! Ah il en faut du courage à Monsieur Pasclair pour rester ici ! »

         « Vous cos’ par pour rien, grand gourou ! », lui dis-je alors sur le ton qu’il convient pour s’adresser à un gourou rageant… « Et les p’tites gens alors, comment vont-ils faire face à ces nouvelles tracasseries, quand ce n’est pas la route qui leur tombe dessus, ou le cyclone qui leur tourne autour, ou la fiscalité qui les rattrape au vol… Ca va pas arranger les choses… »

D’autant que je ne peux m’empêcher de penser qu’avec un zeste de retard à l’allumage par rapport à l’actualité du dernier mois, certains syndicalistes, oubliant qu’un accord global pour les DOM avait été signé en milieu de semaine dernière, verraient bien le boksif dégénérer comme aux Antilles, et va savoir, pour se faire « leur » petit mouvement syndical ouvrant toutes béantes les portes des bureaux centraux des mouvements syndicaux auxquels ils appartiennent, n’hésiteront pas à franchir le rubycon des fourches caudines des voies réservées à l’ordre établi… Ca s’est déjà vu…

« Rentre chez toi et ramène moi un paquet de nouilles ! », me dit le grand gourou en se servant un autre Ricoré fumant de désespoir de milieu d’après-midi,  « Et profite-en pour recharger mon cellulaire que je n’allume jamais le dimanche et dis-toi que j’aurais pu être à Mafate ! »…

Sur ces belles paroles que je ne compris d’ailleurs pas plus que les motivations intrinsèques et néanmoins surchargées du Cospar, je m’en fus d’un pas primesautier, tel le Petit Chaperon Rouge, mais en me disant toutefois que de nous deux, c’était pas moi le plus gris !.. Parole de dalton !…