La Boucle

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20 Comments    17-06-2011


Une boucle, c'est quelque chose qui se referme, mais parfois c'est aussi une spirale, sans fin...

Tout démarre à l’heure où l’aube se lève sur le pic Machinchose –l’employé m’a bien donné le nom mais j’avais bien d’autres choses en tête pour le retenir- , à l’heure où les traînées des liners passent de l’invisible au bleu ardoise, où les étoiles disparaissent pour laisser au ciel une couleur qui ne cessera de changer jusqu’à l’aube, à l’heure où parfois dans le ciel, trajectoire Nord-Ouest Sud-Est apparaît une étoile filante un peu particulière et nommée ISS, International Space Station, la station spatiale internationale.

A l’heure dite, UU975 se manifeste dans ma radio. « Control Geneva, UU975 ! »

Il est là, tout là-haut, distinguable de ses bords de fuite qui clignotent blanc, et de ses navlights rouges et verts. Au hublot, je devine des regards qui, dans le petit matin, regardent en bas le Lac Léman aux formes si caractéristiques, dix mille mètres plus bas. Dans quelques minutes la descente sur Charles-de-Gaulle, mais il est encore au niveau 360. Treize mille mètres plus haut..

Longtemps, souvent, je l’ai regardé par le hublot, ce Lac Léman, lorsque je rentrais de la Réunion en métropole. C’était, après le passage des côtes méditerranéennes au-dessus de Gênes, le survol des Hautes-Alpes, Aoste, pays du jambon s’il en est, le premier contact avec ma chère métropole, avec mon chez-moi.

Et là, ce matin bientôt ensoleillé de fin mai, c’est d’en-bas que je regarde le TripleSept 300 apparaître au firmament, direction Sud-Est – Nord-Ouest.

Qui est l’équipage au manche ? Qui est « pilot flying » en ce moment ? C’est toi Pierre ? Christophe ? Joseph ?

Comme les choses de la vie sont étranges.

Autrefois c’est du poste que je suivais le premier contact avec le 136.250, Geneva Approach. Aujourd’hui, c’est du bord du Lac que je suis les évolutions à la radio. Aujourd’hui la boucle est bouclée.

Huit mois se sont écoulés depuis mon dernier post sur ce blog, depuis Mamoudzou. Huit mois, presqu’une gestation. Ca en effet été une, celle d’une vie qui se construit au fil du temps, dans un univers si connu, et pourtant où il faut y bâtir ses propres repères. Des éléments de repère construits sur ce qui sert de balisage à l’Homme, des certitudes et du pérenne.

Une existence sans décalage horaire, sans bananier, et cela ne me manque pas.

Mais une existence pleine de bien-être, des gens que j’aime, des bestioles qui me sont chères, et de la magie du quotidien, car à qui sait voir, chaque jour est magique.

Certes tout n’est pas réglé, et cela me donnera l’opportunité d’établir un petit précis à l’usage du créole qui vient s’établir en métropole, mais l’essentiel n’est-il pas dans autre chose ?

Tout ce que je peux dire, c’est que depuis que je suis rentré dans ma Lorraine, je l’aime d’amour mon pays ! Et que je ne suis pas prêt à le quitter à nouveau.

Exilé depuis quelques jours sur les bords du Lac Léman, sans la moindre liaison à Internet, parfaite réclusion pour faire le point avec mes orteils, je savoure le moindre moment de tranquillité, et c’est bien le moins…