La grève des fruits de mer (1ère partie)

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20 Comments    17-10-2008


Visions d'un courant d'air...

La grève des fruits de mer. Bien sûr ce titre ne veut rien dire, mais maintenant que je vous tiens, pourquoi ne parlerions nous pas de Mayotte ?

Parce que la départementalisation c’est bien, les goûts hégémoniques de Sambi aussi, mais franchement Mayotte c’est aussi une succession d’impressions, de ressentis.

Bon d’accord, les taxis comoriens que j’ai connus il y a un an et demi ne sont plus au goût du jour, même si les taxis fument toujours autant, ils sont maintenant légalisés sous toutes les formes, estampillés hippocampe, vignette sur le pare-brise, de plus en plus uniformément verts bouteille, mais housse en skaï pour faire mieux sauna et couleur criarde pour te réveiller en douceur. Ah parfois, on te propose de t’emmener, mais, te dis ton interlocuteur chauffeur d’une voiture sans insigne, il est « un taxi grand mystère »… Pas tout à fait déclaré. La métaphore reste la magie du langage…

Mayotte, c’est toujours cette sensation de calme, de vie tranquille, mais que sont devenus les makis urbains qui traversaient Cavani chaque soir à 18h, au crépuscule, sur le câble téléphonique, à la même vitesse que l’Internet sur lequel ils surfaient ?… Disparus…

Les autos se sont multipliées, toutes plus neuves et équipées de différentiels et de pare-buffles rutilants, c’est le progrès ! mais est-ce vraiment le progrès que de faire Tzoudzou I - Mamoudzou en quarante cinq minutes, pare-choc contre pare-buffle ? Maintenant, l’ami, il y a même un feu à Kawéni, précédé d ‘un quasi écriteau d’excuse des services techniques pour avoir osé l’implanter là. C’est vrai qu’un feu tout seul à une des quatre branches d’un rond point, c’est presque comique !… Surtout quand il est déclenché par le flux d’une des branches du rond-point !…

Le flux d’une circulation globale à une heure donnée, c’est comme du liquide dans une barque pleine de trous : tu en bouches un, le flux va se concentrer sur les autres trous. Faut pas être énarque comme un Secrétaire Général pour comprendre ça, un jardinier avec un pistil de bon sens l’admettrait sans problème.

Donc à Mayotte, on a inventé le bouchon à localisation variable. Un peu, toutes proportions gardées, comme si on trouvait un système en métropole, pour déplacer le bouchon entre Valence et Montélimar du 30 Juin entre Bordeaux et Libourne. Et hop ! Baguette magique ! Etalement des bouchons à défaut des vacances, mais à l’image de la culture que moins on en a plus on l’étale !

Au lycée de Mamoudzou, c’est quasiment la disette des moyens… Les profs ne bossent pas (si ! si ! la phrase continue, ah c’est petit ça !!) avec des bouquins, puisqu’il n’y en a pas, mais avec les photocopies des pages des livres, quand ils peuvent en faire, parce qu’en général, la photocopieuse est réservée aux administratifs.

La gestion des bouquins est assurée avec héroïsme par une association de parents d’élèves, eh oui ! Pas par l’établissement ! Les livres photocopiés appartiennent généralement à des profs plus anciens dans la structure quand ils acceptent de les prêter aux nouveaux. Eh oui ! Jaurès où es-tu ? Mais je crois que je l’ai déjà dit ça !

On peut pas tout avoir ! Le Conseil Général a déjà investi dans 50% du prix neuf de sacrés bus scolaires, genre « Intégro » de chez Mercédès, que tu dirais des cars de touristes VIP pour faire Roissy-le Trocadéro, avec vitres opacifiées fumées et tout l’confort ! Alors les livres ! Déjà on vous les transporte au bahut, vos marmailles, après on pensera à les instruire, chaque chose en son temps !

Sinon, ça construit de partout, un peu comme à la Réunion ; normal : Réunion et Mayotte ont un point commun fondamental : ce sont des îles, donc non extensibles ! Il faut bien prendre la place où elle est !

Tu croises partout en ville de gros camions-toupies de 32 tonnes, 4 essieux porteur pour les puristes, neufs et rutilants, et qui roulent à 10 à l’heure, parce que le chauffeur fait un sms..

Ben oui, vaut mieux rouler doucement si on veut pas faire une faute de frappe tout de même ! Et puis ça permet d’éviter la voiture de Police qui va prendre le rond-point par la gauche, « deux-tons »  enclenché, mais sans gyrophare, puisqu’elle est banalisée ! Rouler lentement permet aussi de faire un écart pour évite l’autre voiture de police sérigraphiée elle, mais rangée à contre-sens de la circulation, en vrac contre le trottoir entre deux voitures, mais surtout avec tout l’arrière qui dépasse d’un bon mètre sur la route pendant que son chauffeur va se chercher quelques pains au chocolat.

Enfin.. Si son collègue qui conduit le minibus qui rafle les comoriens sans papiers pour les emmener au centre de rétention lui, en en a laissés quelques uns, quand il s’est arrêté, minibus plein de comoriens sans commodités  sortis de leur cachette en brousse, pour aller faire ses petites emplettes pendant que les comoriens finissent de sécher dans le bus non climatisé du Ministre de l’Intérieur…

Enfin grâce à la force publique, tout rentre dans l’ordre rapidement, car quelques instants après ces délicieux moments que je vous fais vivre ici, une patrouille en sérigraphiée s’arrête à hauteur d’une petite twingo « dangereusement » arrêtée bien en ligne avec la rue, mais dépassant un poil sur celle-ci sur toute sa longueur. Contrôle… Amende et Hop ! Faut montrer l’exemple messieurs-dames !

(Suite la semaine prochaine…)