La grève des fruits de mer (2ème Partie)

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20 Comments    25-10-2008


Suite de la vie à Mamoudzou publiée la semaine dernière...

Et puis dans cette rue tu as les différentes « familles », un peu comme le jeu du même nom !…

Tu as les Rasta, beaucoup de rasta, mais c’est pas d’la frime, non ! Culturellement rasta, mobylette miniature jaune à tags rouges et verts, comme les bonnets, Man ! Et Bonjour les végétaux et Byebye les z’animaux !

Puis tu as les touristes. Ceux-là, on les reconnaît aussi facilement, outre leurs regards écarquillés, à leur pâleur quasi transparente, oui ! Ils ressemblent à des bébés margouillats tellement ils sont pâlichons.

Mais ne les confonds pas avec les profs tout nouveaux sur l’île, autre famille, qui eux sont tout aussi blancs, mais ont déjà tout l’équipement légué par le déniché de bonnes affaires auprès de leurs prédécesseurs au moment de la grande transhumance de leur nomination en juillet-août,  c’est à dire la vieille moto trail sans frein à la chaîne détendue et aux rétros en option, ou le vieux modèle de 205 essence blanc douteux à immatriculation « H » ou « G », le pantalon bouffant à la Iznogoud et les bijoux de Madagascar version vendeur de montres de Barbès.

Non, les touristes, eux, ont les nu-pieds, les tee-shirts Blanche Porte quand ils n’ont pas encore eu le temps de s’approvisionner à la « Baobab Company », le sac à dos Cora, le plan de Mayotte entre les dents, sans parler des coups de soleil imprimés cacharel sur les épaules, le nez, le front, un vrai Guernica de Picasso lithographié sur les parties dénudées de leur anatomie, sans parler des bières pression qu’ils s’envoient pour compenser la sudation de leur corps pas encore habitué, et qui ne fait qu’amplifier le phénomène.

Alors eux justement, ils essaient de se stationner correctement devant l’abreuvoir mercantile, à la différence du fonctionnaire implanté qui se gare comme ça vient, et ça vient souvent à contre-sens du courant, mais comme tout le monde est incroyablement gentil et zen-attitude, eh wâ ! comme on dit ici, c’est pas grave !

A la barge, seul moyen de communication entre Petite et Grande Terre, le mahorais d’origine ou d’adoption est discipliné, surtout aux heures de pointe, ça n’a pas l’air, mais ça contient quand même 327 personnes, une barge, et pas un de plus, par raison de sécurité, le personnel de la SCM y veille scrupuleusement.

Bon. Même en observant bien, je n’ai jamais vu de compteur sur la barge et je n’ai pas encore compris comment on fait pour ne pas dépasser le chiffre fatidique, mais il paraît que le Capitaine sait, lui !… Alors si le Capitaine sait…

Aux heures de grande affluence, tu t’en doutes, c’est l’affluence ! Ben oui… Et comme il est interdit de voyager debout, par sécurité (tout est fait « par sécurité », aujourd’hui, t’as pas remarqué ?), au cas où tout ce petit monde ait du mal à retrouver sa sérénité, eh bien, cutoff sur les deux moteurs diesel, et dans le calme parfait, la barge barbote quelques minutes entre deux eaux, au milieu du lagon, entre les deux îles, se laissant aller entre les courants.

Et tels les élèves indisciplinés qui retrouvent le calme et s’assoient de leur propre initiative après que le professeur soit resté immobile, debout, les fixant sans mot dire, la barge redémarrera lorsque tout le monde se sera assis d’eux-mêmes… Rien ne vaut l’auto-discipline…

Et pour les retardataires, qui, après le premier coup de klaxon du Capitaine annonçant le départ imminent, courent sur le plan incliné pour réussir à attraper cette barge, le Capitaine fait de petits va-et-viens, genre « je trépigne d’impatience », et finalement tous les passagers embarquent dans le calme.

Quand je vous dis : patients et disciplinés. Et tu retrouves un peu partout sur l’île les mêmes caractéristiques, dans de multiples secteurs d’activités, sur la route, dans les magasins, aux files d’attente du Jumbo ou de la Somaco ou du taxi-brousse : un mélange de discipline et de fatalisme, et pourquoi pas finalement : de sagesse.

Ah, c’est sûr faut pas l’énerver le copain mahorais, il rue facilement dans les brancards une fois chauffé, comme au stade de Cavani un jour de match de foot inter-îles, mais il faut du temps pour le chauffer en revanche.

Ca vous a plu ?… Allez venez m’y retrouver, vous me reconnaîtrez facilement, je roule les yeux comme un maki lubrique !