La République...

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20 Comments    29-07-2009


... part en sucette!

C’est assez fou de voir comment la République peut partir en sucette parfois sur de simples évènements de la vie ! Car oui, je vous dis bien partir en sucette… Quelques exemples vont bien sûr étayer mon propos de bon aloi, comme dirait le bon Dagobert.

Mayotte, Juillet 2009. Un tout dernier hiver de Territoire et de Collectivité d’Outre Mer. L’an prochain, même endroit, même heure, ce sera le 101ème département de la République. Ce qui ne changera pas, ce sera que l’hiver sera toujours en plein cœur du mois de Juillet et que la canicule sera toujours insupportable en plein cœur de l’été, entre Janvier en Avril.

Pour l’instant, s’il vous prend l’envie de prélever une ou deux racines de ces sublimes plantes, senteurs sans nom ni équivalent, qui poussent sur la Grande Terre, pour la replanter chez vous à la Réunion, comme vous le dit si bien la Chef Cabine quelques instants avant l’atterrissage à St Denis, vous êtes passibles d’une sévère amende et de la destruction desdits plants, « l’importation » de ceux-ci étant formellement interdite ! Il ne vous reste plus en ce cas qu’à les mâchouiller soigneusement pendant le quart d’heure qui suit avant l’extinction des moteurs, car l’importation de bol alimentaire échappe encore pour quelques temps au domaine du répréhensible et du délictuel.

Mais qu’en sera-t-il lorsque, Mayotte étant devenue département, vous envisagerez de ramener à la Réunion, chez vous, un ou deux petits kilos de caramboles, ces délicieux fruits jaunes à la forme pentatriangulaire (Si ! Si ! Entraînez-vous à  dessiner un pentatriangle, et vous aurez en 3D la forme exacte d’un carambole !) ?

Car une fois département, c’est un peu comme si, rentrant d’un petit séjour en Sarthe, où j’aurais cueilli une cagette de pommes, je devais les détruire juste avant d’arriver en Moselle, l’importation étant interdite!

C’est ça, partir en sucette…

Ah ! Il y a aussi le cas du Conseil Général. Car ici, le Conseil Général : c’est un cas. Tellement ingérable, que son Président en appelle à l’assistance de la Cour des Comptes pour éviter la faillite de celui-ci, la banqueroute, la culbute… Si vous ne saviez pas qu’un Conseil Général peut faire banqueroute, venez ici, à Mayotte, on va vous montrer ça.

Car ici, la politique, pour celui qui s’y lance, c’est moins dans l’intérêt public que dans l’espoir d’y gagner une notoriété, une reconnaissance personnelle, une bonne fortune qui fera de lui un notable. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est le fondateur du Parti Socialiste de Mayotte lui-même. Et il regrette d’ailleurs le bon temps des pionniers ; il le regrette tellement qu’il s’est définitivement retiré de la vie publique pour ne plus d’occuper que de ses intérêts privés.

Ah la sucette…

D’ailleurs cette sucette ne s’appelait-elle pas « départementalisation » ? Parce que je repose une question qui prend de plus en plus d’importance au fur et à mesure que l’échéance arrive, une question que j’avais posée dans l’édito « la Charia ou la Loi Républicaine », une question à laquelle le Premier Ministre a donné une réponse un poil lapidaire lors de sa toute récente visite sur l‘Hippocampe : « Tout le monde y aura droit », ce qui, si on lit entre les lignes, ce qui est déjà assez dur quand il n’y en a qu’une seule, veut aussi dire « personne ne sera mis à l’écart », autrement dit « il n’y aura aucune exception ».

Il est vrai que le choix massif « pour » la départementalisation, choix massif dans les suffrages exprimés, plus que dans la participation au scrutin, implique, par rapport à une autre formule de rattachement à la France Républicaine, une acceptation totale, entière et sans restriction à toutes les Lois et Règlements de l’Etat Français, y compris ceux relatifs au Droit Européen, sans équivoque.

Mardi dernier, nous étions le 21 Juillet, un jour qui ne vous parlera, peut-être, que par l’anniversaire des premiers pas de l’homme sur la Lune, il y a quarante ans.
Mais ici, à Mayotte, pas un « wanatsa » qui ne se promenait avec le modèle réduit de la fusée Saturne V qui emmena Armstrong, Aldrin et Collins vers notre satellite ! En revanche, personne en ville, les magasins fermés, pas une voiture dans les rues, et  comme la caste des enseignants a depuis plus d’un mois effectué sa transhumance vers la Terre nourricière, Mayotte ressemblait à l’Ilôt Bouzi : un désert !

Alors que se passait-il ce 21 Juillet : eh bien c’était tout simplement le jour du « Miradj », le jour de la naissance de Mahomet. Un jour que les mahorais, à grande majorité musulmane je le rappelle, fêtent en famille, avec un grand repas, un jour de retrouvailles, de fête familiale.

Si mon propos vous semble obscur, alors pensez très fort au jour de Noël, en France métropolitaine, dans l’exclusion toutefois de la surconsommation d’aliments hyper-glucosés et des jouets débiles pour enfants capricieux et déjà consommateurs, et vous aurez une vue assez précise dans le bon aspect des choses de ce que « Miradj » représente à Mayotte. En bref un jour férié.

Alors que la Réunion, département 974, conserve localement le jour du 20 Décembre comme étant un jour férié célébrant la fin de l’esclavage, même si aujourd’hui on peut toujours se demander s’il a vraiment disparu, voire s’il n’a pas changé de couleur, Mayotte, département déjà immatriculé 976, pourra-t-il conserver la fête de Miradj, sachant que celle-ci n’est qu’un morceau de l’iceberg, les célébrations musulmanes prenant dans la vie quotidienne une place importante pour le pratiquant ?

Quelles décisions seront prises, sans parler de l’influence du Cadi dont j’ai déjà parlé ici ?

Ah pour sûr, le ressenti mahorais est bien mitigé sur la visite de François Fillon, qui n’est resté sur l’île que « quelques heures », sans même y passer une nuit, sans bénéficier de ce que les mahorais auraient apprécié qu’il bénéficie de leur part, ce qu’on appelle ici « l’hospitalité » et qui est d’une importance cruciale dans le domaine des relations humaines, haut-privilège des gens simples, mais enfin, la République partant en sucette, et le mahorais étant non rancunier par nature, comme il n’avait après un certain temps retenu aucun grief contre Yves Jégo qui finalement en deux ans n’avait dormi qu’une nuit à Mayotte, on peut penser que l’incident est déjà clos, l’habitude prend le relais.

Juillet, c’est la période des grands mariages, pardon ! des Grands Mariages, qui sont à l’engagement de deux êtres ce que le mariage fut en métropole il fut un temps. Cérémonies qui durent tout un week-end, entrecoupées de spectacles tels que les « chigomas », danses traditionnelles très rythmiques, auxquelles est convié tout le village. Autant vous dire que tout le monde se met sur son 31 : Palette de couleur incomparable pour ces dames, digne gandoura, coiffe, pantalon et souliers vernis pour ces messieurs, le village trouve pendant un week-end de noce, qui commence le vendredi, un rythme joyeux qu’il espère garder longtemps, quand la vague déferlante des « Textes » auxquels devra se soumettre Mayotte aura pénétré jusqu’au cœur de Chiconi ou dans les moindres recoins d’Acoua.

Ce qui est certain, c’est que le Mayotte d’aujourd’hui n’est déjà plus le Mayotte que j’ai connu en 2007. Beaucoup, beaucoup plus d’automobiles, des bouchons matinaux jusqu’à Tzoundzou II. Une chose n’a pas encore changé : les alisées soufflent toujours de l‘Est, le football se joue toujours à 11 sur le terrain et 500 derrière la ligne, voire plus lorsque c’est l’AS M’Tsapéré qui joue, et les tortues pondent toujours sur la Plage de Sazilé.

Tiens, nous leur consacrerons un reportage-photo nocturne le mois prochain.

Pourquoi le mois prochain ? Parce que la Pleine Lune sera notre alliée pour des clichés qui devraient bien mériter le qualificatif d’exceptionnels, ces vénérables dames ne supportant bien sûr pas de pondre sous les éclairs des flashes et comme on les comprend, allez accoucher mitraillées par les curieux et vous m’en direz des nouvelles…

Et d’ici-là, espérons que la sucette n’aura pas fondu !…