Le père de la départementalisation

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20 Comments    24-01-2010


Début de semaine TGV

Ah pour une grande semaine, ça a été une grande semaine dans l’Océan Indien !

Comment ça « On s’est fait du souci pour lui » ?

Comment ça « Nicolas Sarkozy a disparu 60 heures, on a cru qu’il s’était fait faire un pontage coronarien au Val de Grâce vite fait pour pas finir piteusement comme Philippe Seguin » ?

Mais pas du tout !! Il n’a pas disparu !

Il est venu rendre visite aux ultra-marins (c’est nous !) dans l’Océan Indien, à Mayotte, puis à la Réunion.Bon, d’accord, il ne pouvait pas faire l’inverse, Réunion PUIS Mayotte, parce que la piste n’est pas assez longue, il n’aurait pas pu décoller avec tous les pleins pour rallier Paris d’une seule traite, il se serait échoué dans le lagon et ça aurait fait rigoler Ségo qui aurait parlé de « minabilitude », on pouvait pas laisser faire ça, non.

Donc Dimanche soir dernier, Sarko 1er a pris son petit Falcon pour venir retrouver tout le staff qui préparait sa visite ici ! Parce que Dimanche, Place de l’Office du Tourisme – oui, à Mayotte, on n’a pas beaucoup de touristes à l’année, moins de cinquante milles répartis sur 365 jours, faites le compte, c’est peu, ça fait à peine 136 par jour, mais on a un très grand office du tourisme qui se voit d’avion et de Petite Terre réunis. Peut-être même qu’il se voit d’Anjouan, c’est pour ça que les clandestins continuent d’affluer…- donc Dimanche dernier, je me suis joyeusement esbaudi dans le staff où chacun arborait son dossier de préparation…En fait, le dossier devait être constitué de nombreuses pièces photocopiées, vu le volume que portait chacun, mais la visite elle-même a été d’une rapidité digne de Nicolas 1er !

Sitôt arrivé, première mise en garde aux fauteurs de troubles qui ont failli en Décembre dernier faire la peau à un ou deux membres des forces de l’ordre : On ne fait pas ce que certains font aux clandestins quand on les chope ! On ne rend pas les coups ! Ce qui se passe au Centre de Rétention, c’est une chose, ce qu’on peut faire dans la rue, c’est autre chose ! Il y a des gens qui regardent, faut savoir rester correct, m’enfin !

Ensuite, un petit coup de vedette (rapide) vers le centre aquacole, la ferme des poissons à Longoni, un truc hyper passionnant où Nico a observé des poissons dans des bocaux, des vitrines, des catalogues, des aquariums, tout ça, sous une chaleur à vous dégoûter de la soupe de poissons…

A ce stade-ci, Sarko 1er commençait à changer de couleur. Oui, la chaleur, ça se supporte à petite dose, surtout quand on sort d’un Falcon où la pressu vous a chouchouté à 22°C pendant une dizaine d’heures, mais l’ambiance intérieur de sèche-linge juste après la fin du programme, si t’es pas habitué, au bout d’un moment, même si la 607 du Préfet est équipée de quatre climatisations séparées, eh bien tu pars en sucette !

Le teint devient blâfard, le sang se réfugie dans le cœur, de peur d’atteindre le degré d’ébullition pour lequel il n’est pas vraiment préparé, tu n’y peux rien, c’est la nature, c’est ton corps, un rogramme en lecture cachée que tu as comme un anti-virus au fond de toi pour les situations difficiles, tu ne peux pas lutter, puis les yeux se creusent, les paupières deviennent noires, tu ressembles de plus en plus à l’Empereur dans la Revanche du Jedi, épisode 6 et Epilogue, et tu as beau enlever et remettre ton veston aussi souvent que tu serres des paluches pour faire du vent, eh bien ça ne change rien, tu commences à étouffer !

Ensuite, Nicolas devait déjeûner. Un petit brunch tout simplet, avec les édiles de Mamoudzou, un petit quelque chose de convivial, pour rassurer. Mais à ce moment très précis, on lui souffla (d’ailleurs ça lui fit du bien, ce petit souffle) que sur la Place de l’Office du Tourisme, quelques badauds se sentaient mal et avaient déjà été pris en charge par les secours, atteints de deshydratation et rapatriés vers l’hôpital de Mamoudzou. 

Ciel ! Il dut se dire à ce moment que prononcer son discours devant un parterre de secouristes et de camionnettes rouges aux feux bleus tournant, ça n’aiderait pas à la compréhension de son message : Annulation du brunch ! On ne mange plus ! Et aussi vite que la rumeur, il se rendit via la barge « Salema Djema IV » à son rendez-vous avec le peuple à Mamoudzou ! Il faut ici faire un aparté… La « Salema Djema IV » est la plus récente des barges, celle qui craint le moins d’être atteinte d’une panne en plein milieu du lagon, comme celles qui en fin d’année dernière avaient la fâcheuse habitude de se mettre en rade en plein milieu du lagon à l’heure de pointe, et qu’il fallût transborder les passagers d’une barge à l’autre, côte à côte, en passant par le bastingage, non sans être aidé du plat de la main sur la partie la plus charnue de l’individu par de vigoureux matelots qui permettaient ainsi à la manœuvre de se faire dans les délais les plus courts ! Fin de l’aparté. 

Et le Président apparut, monta sur l’estrade et s’exprima ! Il avait toujours l’air aussi fatigué, les yeux toujours aussi creusés, mais après avoir annoncé la couleur au Président de l’île voisine, d’une façon bien claire que chacun était bien chez soi, lui ici et l’autre importun là-bas, et que ça reste comme ça sinon ça ne se passerait pas comme ça, il annonça aux mahorais leur avenir dans la départementalisation de Mayotte.

Nombreux étaient ceux qui portaient de beaux tee-shirts « Sarkozy le père de la départementalisation », c’est pas rien quand même !

Un rapide bain de foule, des gardes du corps autant aux aguets que s’ils avaient été en 1982 à l’évacuation de Beyrouth, et revoiçi en deux temps et trois mouvements notre Président sur sa bargitude, direction l’aéroport, on a une heure d’avance mais c’est pas grave, il fait trop chaud, on se casse et vite ! Marcel, fais chauffer les réacteurs de l’Airbus, on part de suite ! Ah bon, ils sont déjà chauds, eh bien c’est parfait !

Un rapide décollage face à l’Ouest, taux de montée maximum, pour chercher la fraîcheur, oui, je sais elle est facile, un demi-tour sur l’aile au-dessus de Grande Terre (j’ai beau chercher dans mes procédures de vol sur Mayotte cette figure libre, elle n’est pas dans le manuel, mais c’est pas un tagazou ordinaire, c’est l’Airbus de la République…) et direction la Réunion !

Ah ben c’était court !... On pouvait même se demander s’il était vraiment venu, parce que trois heures plus tard, il ne restait rien des chapiteaux démontables sur la place de l’Office du Tourisme !

Il a promis le lendemain aux réunionnais de revenir les voir l’an prochain, c’est ballot, il ne l’a pas fait à Mayotte !...

C’est d’autant ballot qu’il a beaucoup plus de supporters à Mayotte à qui il va amener l’appartenance complète à la France et les avantages qui vont avec, à terme, qu’à la Réunion qui appartient déjà au système départemental et à qui il a demandé il y a trois ans déjà de se mettre au travail, c’est depuis qu’ils ne sont plus très copains, les réunionnais et lui… Eux sont plutôt acquis à la créolitude ségolénitudinienne (moi aussi je sais inventer des mots !)…

Mais il n’a pas dit qu’il reviendrait, ou alors il pensait très fort revenir quand le climat serait moins chaud ! (Mais c’est pas humain un petit 40° à l’ombre, avec une mini-brise étouffante et humide qui te transforme le marcel en torchon de cuisine en moins de temps qu’il ne faut pour le dire !)

Ca laisse songeur sur la « canicule » métropolitaine, qui n’a de dangereuse que de laisser les anciens croupir au soleil sans même un Oasis Pêche ! C’est juste un problème d’organisation face à des éléments non-prédéterminés, le cauchemar de nos structures étatiques, pardonnez-moi ces gros mots ! 

Alors les analyses sur Télé Mayotte, je ne peux vous en donner la teneur, elles ont été faites lorsque je regardais le poste en shi-maorais. Et là je ne suis pas assez calé… C’est un peu comme quand vous regardez France 3 Alsace le dimanche matin, c’est en patois, vous ne comprenez pas tout.

Bon, eh bien maintenant il ne reste plus à François Bayrou, qui est quand même l’inspirateur de la couleur politique du député de Mayotte Abdoulatyfou Aly, qu’à convaincre le Président comorien Sambi de ses thèses et à Mayotte de devenir un département bien français !

Tiens pour la petite histoire, comme ça, pour parler : J’ai un ami mahorais qui s’est marié en Décembre. Oui, je lui transmettrai vos vœux, mais là n’est pas le sujet. Comme la loi cadiale le lui permet, il a opté entre les deux solutions : la monogamie ou la polygamie, limitée à sept épouses. Il a opté pour la polygamie. C’est son droit.

Mayotte sera le 101ème département en 2011. 

Vive la République, vive la France…