St Disdille: Dernier Arrêt avant le Purgatoire

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20 Comments    17-06-2011


Là où parfois les portails internet ne ressemblent qu'à des barricades en tôle...

St Disdille… Bout du monde ou dumoins sa proche banlieue…

Coincé entre la Haute-Savoie, le Lac Léman et le Jura suisse. Charmante petite bourgade où tu peux te faire oublier tranquillement de la société. Enfin presque.

Pour tes vacances au bout du monde, dans l’esprit « Dernier arrêt avant les Kerguelen », offrant le très net avantage de t’éviter, l’Ami, un périple aussi long que coûteux en classe Bétaillère à bord d’un avion de ligne. Mais tout aussi dépaysant.

Et dans cette joyeuse bourgade, un camping. Un camping estampillé « wifi » dans sa promotion sur la Toile, c’est-à-dire, je te le rappelle, mais en tant que fervent habitué à ce blog, tu n’es pas sans le savoir, doté des équipements te permettant de surfer sur le web sans connexion filaire.

Evidemment, ce qu’ils ne précisent pas, mais que tu découvres dès ton arrivée, c’est que ce wifi n’est accessible que dans un environnement très proche du bureau du camping. Aussi toi, qui a loué un bungalow au calme quelques centaines de mètres plus loin, ne bénéficies pas de cet avantage. Te voilà donc reclus, ramené vingt ans en arrière quand tu travaillais hors-connexion, avant de tenter l’approche par la face nord en branchant un modem qui te permettait de te relier à la Toile.

Qu’importe si en rentrant au bout d’une semaine, tu as 350 mails sur ta boîte…

Mais le plus intéressant, sera ce qui se passe juste à côté de cet emplacement d’un calme plus que précaire, bien que situé au fond du bout du camping : le démontage d’une petite installation privée, réalisée par des habitués qui avaient installé leur caravane là, probablement il y a quelques années déjà. Et autour de leur lieu de vie, s’étaient greffés des éléments de confort montés par eux-mêmes. Tels un double toit, un auvent en dur, un évier, un four à pizza, quelques dalles afin de ne pas marcher dans la poussière et autres. C’était coquet. Le tout monté soigneusement, on le sent, avec tout l’amour du travail bien fait, à l’équerre, avec des matériaux modestes mais certes bien montés. Tout autour, des massifs d’iris, quelques lauriers taillés, ménageant une ouverture pour accueillir les visiteurs, une petite palissade pour se retrouver bien à l’abri des regards indiscrets, enfin tout ce qui devait permettre de passer d’agréables séjours, dépaysants de la vie quotidienne.

Seulement voilà, le camping a pris la décision de s’équiper d’un maximum de bungalows rentables. Tout est en plastique, même le faux lambris, les persiennes vertes, vissées à l’emballage, d’un goût douteux, mais très tape à l’œil, éclairage intérieur intégré au plafond d’un blanc surligné de fausse poutre en plastique apparente. Le chauffage y est électrique, la cuisine équipée d’une gazinière à gaz dont les boutons du four ont la fâcheuse prépondérance à se faire la malle aussitôt qu’on les effleure, mais fonctionnelle.

Le gaz joue un rôle prépondérant dans l’animation locale puisque ta bouteille de gaz extérieure est reliée à un robinet, ce qui est rassurant, mais en fait ce robinet est à la fois relié à ton bungalow, mais aussi, et c’est là le gag, à un flexible relié à… rien. A l’air libre. Ce qui fait que chaque fois que tu utilises le chauffe-eau, l’air ambiant s’emplit d’une délicieuse odeur de gaz fuyant par le flexible relié à rien, et si par hasard, le vent est proche de zéro, c’est tous les alentours qui sentent le gaz…

Je pense qu’on va entendre parler bientôt de ce camping comme étant la succursale de Sevezo cet été…

 La literie est spartiate, dernière étape avant la planche à clous, mais qu’importe, les lieux ont eux aussi la capacité à offrir, sans rien n’avoir à y rajouter de sa propre main, le dépaysement souhaité par tout vacancier. Nouvelle époque, nouvelles mœurs … Le clean…

Dès lors, la petite installation du vacancier bricoleur doit disparaître. Motif : la caravane est trop « ancienne », elle ne cadre plus avec les lieux. Le loueur de sommeil va faire dans le select…

Ainsi, depuis deux jours, et indépendamment d’un temps moins que clément avec averses et rafales de vent sous une température glaciale en cette fin mai, une équipe de « nettoyeurs » s’emploie à tout laminer, et à rendre la place nette. Là où l’installation a mis plusieurs années de soin à s’élever, il suffit de deux jours pour rendre l’endroit froid, impersonnel et vide.

La caravane, moussue par endroits,  est partie hier soir, tractée par un gros pick-up. Les meubles la composant ont été jetés en vrac sous la pluie sans ménagement, tout comme la parabole satellite qui s’est offert son dernier vol au fond de la benne. L’utilité de ses petites choses ménagées avec soin pendant des années finit dans une grande ruade vers la benne de poubelle. Vite. Tout disparaît, tout doit disparaître, l’évier et sa paillasse en carrelages blancs ont cédé ce matin sous les coups de masse et dès cette après-midi, ce sera le tour du four qui a dû régaler bien des convives, de tomber sous les coups de marteau-pic comme jadis sont tombés les haut-fourneaux de la sidérurgie de ma jeunesse, dignement, entier, en silence.

Ainsi vont les choses. Dans quelques jours, un beau bungalow « New Trinita » en plastique blanc, viendra remplir le vide.

La vieille dame genevoise d’à-côté, qui s’offre depuis des années des fins de semaine à rallonge, arrivant au camping le vendredi jusqu’au mardi suivant, habitant un tout petit deux-pièces au cœur du vieux Genève, a bien du souci à se faire elle aussi. On lui a signifié que son emplacement subira le même sort. Aussi pense-t-elle à acheter un bungalow sur un emplacement fraîchement libéré.

Eh oui… Mais alors… ?

Et  si toute cette opération n’était en réalité qu’une grossière incitation à l’investissement ?

Parce que dans le domaine du camping, les soirées karaoké ne sont plus les seules possibilités de recettes, loin de là…

Heureusement que je ne suis pas venu pour mon bon plaisir,ça aurait eu une fâcheuse tendance à me le gâcher…