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20 Comments    06-10-2010


Plus rien...

Plus rien…

Il ne se passe plus rien sur ce caillou!

Plus d’vent, plus d’soleil, plus d’rire, plus d’sous, plus d’volcan, plus de houle, plus d’cyclone, plus que le calme, un terrible calme, un calme énervant, un calme rongeant, tempéré par les klaxons des poids lourds qui klaxonnent sur les routes des Hauts histoire de dire « Pousse toi de là que je m’y mette! »… Et toi tu te jettes à droite avec ta moto… Vite.

Le volcan… une ombre de lui-même depuis trois ans. Les spécialistes vulcanologues l’avaient annoncé: le cratère du Dolomieu ayant subi un tel changement dans son apparence depuis son effondrement en 2007 après la dernière éruption majeure, que plus rien n’est comme avant! Tout fout l’camp ma bonne dame! Le temps que le magma se fraye un nouveau chemin dans la roche pour remonter, on assiste comme il y a à peine deux semaines à de brefs sursauts, un gonflement de la bestiole de quelques centimètres, si! si!, ça se voit presque à l’œil nu, à quelques secousses sismiques qui ont remué jusqu’au fauteuil du Préfet qui a interdit tout aussi rapidement que provisoirement l’accès à l’Enclos, on entend des bruits, des glouglous, comme ceux d’un estomac surchargé un lendemain de chouille, puis plus rien, le calme plat…

La houle… Formée par les dépressions entre les Kerguelen et l’île, elle vient brasser les côtes en hiver. Mais cet hiver: quasi-nada. Une seule journée avec une houle de plus de 4m, pas de quoi fouetter un surfeur ni un thon rouge, le reste du temps, une mer d’huile… Un marécage… Manque plus que les nénuphars et les grenouilles… Paraît que c’est la faute au « Dipôle de l’Océan Indien », une nouvelle théorie sur les bouleversements climatiques…

Seuls les moustiques reviennent en force: message d’alerte à tous les étages: le moustique-tigre responsable du chicon du bougnat revient en force avec une population multipliée par deux! Remarquez… Quand on voit l’état des bords des routes, les élagages oubliés, les épaves de voitures tronçonnées au bord des ravins, côtoyant les squelettes de machines à laver et autre micro-ondes, les herbes sauvages envahissant un peu partout sans l’entretien du propriétaire, sans parler des poubelles éventrées par les chiens errants, on se dit qu’il n’est pas rancunier, l’albopictus piqueur fou!

Du coup, dengue, chikungounia sont de nouveau au menu, mais il ne se passe rien… Le calme plat…

A Mayotte, le calme est plat aussi après les évènements du 16 Septembre où le Préfet himself a téléphoné au reporter qui rendait compte en direct sur Kwezi FM de la violence avec laquelle de jeunes enfants, juchés sur des talus, balançaient des caillasses d’au moins quinze kilos sur les voitures, et qui a prononcé la phrase magique à l‘antenne en direct, sous l‘excitation de tels évènements: « Il règne ce matin à Mayotte un véritable climat d’insurrection! », le Préfet lui a donc aussitôt téléphoniquement signifié bien clairement: « Il ne se passe rien à Mayotte. » Na. Comme ça, c’est réglé.

Mais qui manipulaient ces pauvres enfants de dix ans à peine? Là, je crains qu’on n’ait jamais la réponse. Des petits « commandos » d’enfants jouant toute la matinée à cache-cache avec les forces de l’ordre, se reformant cinquante mètre plus loin pour mieux re-caillasser. Mais il ne se passe rien. La vie mahoraise était secouée depuis une paire de jours par la grève des chauffeurs de transport scolaire, et c’est les enfants qui ont failli mettre Mayotte à feu et à sang. On aura tout vu. Mais qui est derrière?

Pauvre hippocampe, qui se sortait à peine d’une grève des distributeurs d’essence qui a paralysé tout le pays, plus de voitures dans les rues, on se serait cru quelques années en arrière, il y a vingt cinq ans, quand, comme me l’affirmait Fidaly, tout juste débarqué de Madagascar à l’époque, il n’y avait que 250 voitures sur l’île.

Un parfum de marché noir se mit à l’occasion de cette grève à flotter sur la Grande Terre… On alla jusqu’à 40 euros les dix litres de gas-oil au marché noir mais chuuuuut…. Vous savez bien qu’il ne se passe rien à Mayotte…. Qui fournissait l’essence?… C’est tellement inconcevable que je ne peux pas vous le dire.

C’est le prix à payer du monopole: en effet, seul Total est fournisseur sur Mayotte. Alors si les employés de Total font grève, plus d’essence pour personne. Sauf… Non, non… Il ne se passe rien, Hubert l’a dit…

Puis le calme est retombé après l’Aïd el Fitr, la Noël musulmane. Idi M’Baraka tutti!

Mayotte 101ème futur département en Mars prochain, au cœur de la République laïque. Là, j’ai plus qu’un doute, une incompréhension. Culturellement impossible. Et de ci de là, des voix sous cape pour regretter ce choix ressemblant pour certains plus à une incorporation de force.

Je l’ai dit ici maintes fois: le mahorais est un calme, un pacifique. Mais c’est aussi un guerrier. En dernier ressort, il peut devenir d’une extrême violence, les faits antérieurs l’ont prouvé. Il ne veut pas renoncer à sa culture ancestrale, et c’est bien le moins qu’on puisse lui reprocher tout de même!

Car si beaucoup de sociétés occidentales ont renié leur passé, leurs traditions, leur identité culturelle pour se fondre dans un moule qui ne leur va même pas, celui de la productivité libérale, le mahorais reste fidèle à sa tradition, veut l’honorer, et en cela il se distingue des autres. Non, ses traditions et ses coutumes ne sont pas compatibles avec un modèle européen, elles peuvent venir s’y greffer parallèlement mais ne peuvent pas s’y fondre.

Pour l’instant le Conseil Général de Mayotte se débat dans des problèmes ubuesques de cessation de paiement des fonds publics, engageant les dépenses puis se demandant après sur quelle ligne budgétaire imputer tout ça; mises en examen successives d’une dizaine d’élus, enquête de la Cour des Comptes, tout cela nuit à la crédibilité des édiles mais ne concerne que de loin le petit peuple qui va bientôt, lui, devoir se débattre avec des paiements à l’Etat de taxes sur le foncier non-bâti: tu as un bananier? Alors paye l’Ami….

Dans la tourmente, Bakaliso a disparu. Apparu il y a presque trois ans, il a disparu comme il est venu, du néant. Avalé par la spirale du temps dont il n’était que l’image en trois dimensions. Il n’a eu que le mérite de l’information vue sous un autre angle qu’il a tenté de vous transmettre.

Le calme…

Que va devenir ce blog lorsque j’aurai quitté la Réunion?

Né ici, il n’a jamais cédé au nombrilisme de mise de nombreuses adresses internet locales, censées valoriser à outrance une toute petite île de l’Océan Indien. C’est l’paradis qu’on vous dit!!

Car, à l’opposé de tous ces faiseurs de louange à foison, qui sentent bon la défiscalisation si vous vouliez faire l’effort d’investir dans une case ici, j’ai souvent eu la chance de voir la Réunion de haut, établi pour ceux qui se le visualiseront sur le cap 145, à 25 000 pieds d’altitude, soit 8 000 mètres, en approche, à 50 nautiques soit à peu près 90 kilomètres, et juste face à moi, à la différence des hublots latéraux où l‘on ne voit rien: elle est toute petite, la Réunion! Un petit point pointu drapé de cotonneux nuages sur ses sommets en fin d’après-midi, avec son éclairage qui vire au rose en altitude. Elle paraît si fragile, avec ses éco-systèmes endémiques à préserver à tout crin, elle n’est pas cet eldorado pour européen en mal d’aventure et d’espace liiiiiibre comme il se plaît souvent à revendiquer: non. Loin de chez soi, c’est souvent pareil que chez soi.

La Réunion, c’est aussi une immense machine économique louchant sur la métropole dont elle attend les avantages, par ailleurs limitée par sa superficie réduite par nature et le pouvoir d’achat défaillant, qui aimerait bien parfois que la grenouille soit aussi grosse que le bœuf, si tant est qu’on puisse en retirer le beurre et l’argent du beurre, faut bien le reconnaître.

Exemple, le Groupe Caillé, une monstrueuse pieuvre financière dont les activités vont de l’automobile à la voiture de location, en passant par l’immobilier et le magasin de jouets ouvert en novembre dernier et déjà refermé pour cause de liquidation, l’alimentation et la grande distribution.

Eh bien le Groupe Caillé est en faillite. Caillé, c’est un homme, d‘une cinquantaine d‘années. Un homme tout simple quoiqu’issu d’une longue famille locale qui s’est faite au fil des ans, au sommet d’une pyramide gigantesque de structures économiques diverses, mais ces structures sont aussi composées d’hommes.

600 millions d’euros qu’il a de dettes, le père Caillé! C’est pas rien! Mais ce sont aussi des emplois à foison qui sont derrière cette pyramide. Des tas de gens grisés et bientôt brisés par l’eldorado de la nouvelle économie, par le pouvoir d‘achat dont l‘illusion de la gonflette subite n‘a d‘égale que la désillusion de sa retombée, et qui se préparent à des lendemains qui vont moins chanter. Loin de la métropole, on n’en a que moins de vision de la réelle importance que l’on a dans le système économique global; on peut toujours s’hyper-valoriser, ça ne fera pas bronzer les barracudas. Et à l’avenir, le soleil risque plus de brûler que de chauffer…

La Réunion, c‘est aussi plus de deux voitures, presque trois par foyer, j’en ai déjà parlé: le culte de l’automobile; bien sûr, du fait de la superficie de l’île, un culte au ralenti, voire arrêté, car sur la route, elles sont toutes arrêtées les belles autos presque toutes neuves! Ca s’appelle des embouteillages, et ça dure dans un sens, vers St Denis, de 6h30 le matin jusqu’à midi trente, puis le sens de l’embouteillage s’inverse jusqu’à plus de 21h… C’est le progrès hein? Un progrès qui m’a quand même fait louper un concert à St Leu, bloqué que j’étais dix minutes avant la fin du concert à moins de 5 km de St Leu, parti précisons le depuis plus de deux heures de St Denis… Ah la belle vie des Tropiques où tu te lèves à 4h du matin pour être à St Denis à 7h, puisque tu as à peine 30 km à parcourir!

Et puis il y a eu il y a peu de temps la fièvre de l’Unesco, qui s’est penché sur le Parc naturel de la Réunion: grandiloquence à tous les étages des deux quotidiens départementaux (c‘est marrant, pour une île toute seule perdue au milieu de l‘Océan Indien, j‘ai du mal à dire « régionaux » comme il est de bon ton de s’accorder à le dire ici…), un soufflé vite retombé quand on parle de Mafate, au cœur d’un système protégé et à l’accès si ardu qu’il permet heureusement de maintenir l’aspect authentique qui est le sien.

Bah oui… Le petit bémol quant à l’engouement local pour ce que peut apporter, en terme de retombées touristiques, l’inscription du parc naturel de la Réunion à l’économie locale, c’est la réaction au lendemain de cette inscription au patrimoine mondial, émanant des propriétaires des gîtes du Cirque de Mafate où l’on n’accède qu’à pied ou en hélico: « ça va pas nous apporter que du bon, ça! Ca va nous apporter un surcroît de monde et de travail! On en a bien assez comme ça actuellement! » Fermez le ban. C’est parlant.

On avait déjà glosé sur l’amabilité de ces hôtes qui recevaient le touriste fatigué et à la recherche d’un peu d’humanité après sa journée de randonnée pédestre de haut niveau, genre « tiens v’là un plateau et tais toi et n’oublie pas de payer (cher) avant de partir sans un mot et sans un sourire! », eh bien ce genre de propos après un coup de pouce mondial, ce n’est pas du meilleur goût quand on veut partir sur des bonnes bases et faire progresser son île.

Je vous dis, il ne se passe plus rien.

Il sera peut-être temps, par la pérennisation de ce blog et de ma contribution à l’enrichir avec vous de vos réflexions, de prouver que le Dernier Arrêt avant les Kerguelen, ce n’est pas forcément le dernier arrêt géographique, mais peut-être aussi le frein qui existe dans notre société, dans nos têtes, à franchir des obstacles qui ne sont hauts que par notre façon de les voir. Alors oui, « Dernier Arrêt avant les Kerguelen » pourra, avec un petit clin d’œil humoristique, s’alimenter de métropole, via la Réunion ,à destination de la petite planète bleue, et continuer à attirer votre attention dans l’esprit qui a été le sien, sur les aléas du quotidien, où que l’on soit finalement.

Merci à vous d’avoir été les témoins de cette aventure dont je ne manquerai pas de vous relater les derniers détails lors de l’Exode Finale, moi je suis rassuré, mes Nokia sont par définition débloqués, car je ne sais pas comment j’aurais pris la plaisanterie d’avoir acheté un peu cher un téléphone à la Réunion utilisable uniquement à la Réunion! On a ses petites faiblesses.

Merci à tous mes lecteurs, j’ai une pensée particulière pour mes amis de la Côte Ouest, des States, pour ceux du Sud-Ouest de la France et du Lagon tahitien, pour tous les disciples d’Icare, ceux que je connais et j’apprécie, les autres avec qui j’ai partagé de merveilleux moments dans le poste, (allez philosopher un soir de pleine Lune au dessus du désert libyen à 13 000 mètres d’altitude avec un équipage et vous m’en direz des nouvelles!) et tous ceux avec qui j’entretiens une correspondance. Merci au Commandant Bellotti tout particulièrement, une grande figure de l’aéronautique française, incontournable, qui a encouragé certains travaux que j’ai menés, et qui m’a fait la joie immense d’intervenir dans cet espace, avec toute l‘amabilité qui est sienne. Merci infiniment aussi aux proches qui m’ont soutenu sans défaillir, merci à Miss Calamonéos de l‘Arkansas.

Je ne saurais terminer ce message sans attirer votre attention, à vous iliens d’ici ou d’ailleurs, sur le sérieux et la compétence professionnelle de la Compagnie locale Air Austral, dont j’ai parfois vanté ici les services, mais qui, sur ce coup-là, celui du départ de l’île, a été d’un professionnalisme extraordinaire, dans la compréhension de mon désir de dépenser d’un coup les plusieurs dizaines de milliers de points que j’avais accumulé sur ses lignes, et de dépenser le moins possible pour rentrer à Roissy: ce sera voyage en Club Austral, tout à l’avant en rangée 1, près du crew rest, un cumul de 40 kg de fret pour chaque personne au lieu des 25 habituels, une réservation confirmée pour les Toutous chéris (54 kg à eux deux quand même!), et à la date choisie si le départ doit se faire, ce qui ne sera officiel et sûr qu’au 15 Décembre.

Et je rajouterai un remboursement de mes points et des taxes qu’il a bien fallu payer au cas où le retour doive se faire à une date ultérieure. Si ça, c’est pas commercial, je veux bien manger mon caleçon! Alors haut et fort ici, je dis Bravo Austral! Petite Compagnie Régionale qui a quand même son slot sur CdG, qui achète deux avions neufs par an (en leasing bien sûr et quand même! Faut pas prendre Gérard Ethève pour Donald Trump!), et qui offre à bord compétence, sourire, et agrément à chaque voyage!

Ils ont décidé d’avoir deux A380 dans deux ans pour remplir la Réunion de touristes, eh bien moi je dis qu’ils vont le faire, parce qu’ils en ont la farouche volonté, et c’est ça qui guide le monde, la volonté…